Yuru Camp, un bol d'air pour sortir la tête du confinement

Yuru Camp, un bol d'air pour sortir la tête du confinement

Je ne suis sûrement pas le seul à, en cette période compliquée, avoir encore plus de difficulté à lutter contre mon mal-être habituel. Pour m'aérer la tête je me laisse souvent replonger dans les séries qui m'ont fait du bien lorsque je les ai regardés pour la première fois. Alors que nous sommes tous confinés chez nous, mon choix s'est cette fois porté sur Yuru Camp (ゆるキャン△) pour changer d'air au sens (presque) propre comme au figuré.

Diffusée pour la première fois pendant l'hiver 2018 (et disponible en Europe sur Crunchyroll), la série a immédiatement conquis le public et reçu un succès aussi bien critique que populaire. Ce succès lui vaut d'avoir d'ores déjà un film en production et une seconde saison prévue pour l'hiver 2021. Histoire de patienter, une mini-série d'épisodes de trois minutes nommée Heya Camp (へやキャン△) et mettant en scène les mêmes personnages est diffusée depuis quelques semaines.

Je me suis demandé pendant de longues minutes comment décemment présenter Yuru Camp. Il ne serait en effet pas insensé de se demander comment cette série si simple sur le papier est au final assez passionnante pour avoir fait carton plein dès sa diffusion. En deux mots donc, la promesse faite par Yuru Camp est simple : dépeindre le quotidien de cinq lycéennes de la préfecture de Yamanashi (山梨県) et leur passion pour le camping, rien de plus.

Il serait pourtant particulièrement fainéant de balayer cette œuvre du revers de la main à cause de sa simplicité. Car ce n'est pas sa dramaturgie qui a permis à la série de trouver son public ; c'est au contraire sa banalité. Rythme, sujet, tout ici sert de prétexte à ce que Rin, Nadeshiko, Aoi, Chiaki et Ena puissent faire ce dont beaucoup ne sont plus capables : prendre le temps. Prendre le temps de vivre et de partager ce que l'on aime avec ceux que l'on aime.

À ce titre Yuru Camp est sans doute à classer dans l'iyashikei (癒し系), mouvement culturel dont j'ai déjà parlé en détail au travers de Yokohama Kaidashi Kikō. L'espace de douze épisodes, on suivra le petit groupe dans toutes les banalités qui composent leur passe-temps. L'achat des fournitures de camping, la préparation des excursions ou la confection des repas deviennent autant de minuscules arcs narratifs que l'on dévore sans s'en rendre compte. Rien n'a vraiment de conséquence et on se laisse porter de lieu en lieu, de situation en situation sans jamais penser que quoi que ce soit de mauvais pourrait arriver.

Afin de relier tout cela de manière cohérente, la bande son joue parfaitement son rôle. Soulignant tantôt la douceur du dessin, relevant tantôt l'action, les mélodies tendres et sucrées savent s'effacer avec justesse le calme et la contemplation doivent reprendre le dessus.

«Le drame est un miroir où se réfléchit la nature» écrivait Victor Hugo. Nul besoin de miroir pour Yuru Camp qui fait fi du drame pour offrir la nature pleine et entière à l'écran. Sous la douceur des traits, sous les tonalités chaleureuses et l'animation léchée, la campagne japonaise devient presque le sixième personnage principal. Chaque paysage, chaque plan large est un délice donnant de plus en plus envie d'aller arpenter les chemins de campagne ou les sentiers forestiers.

On ressent tout au long de la série l'amour particulier porté à la nature nipponne et l'on s'agrippera, selon son expérience personnelle, par réflexe soit au point de vue de Nadeshiko, soit à celui du duo formé par Aoi et Chiaki. Soit pour la curiosité et l'étonnement permanent de la première qui s'installe à peine dans cette nouvelle région. Soit pour l'envie des deux autres de partager tout ce qu'elles savent de ces lieux qu'elles arpentent depuis leur enfance.

On ne s'étonne guère d'apprendre que beaucoup de lieux réels dépeints dans Yuru Camp ont vu leur affluence touristique drastiquement augmenter depuis l'année dernière. On s'étonne encore moins de savoir qu'Afro, auteur du manga d'origine, habite la ville de Kōfu (甲府市) en plein cœur de la préfecture de Yamanashi.

Toutefois, même une série se voulant en grande partie contemplative ne peut se soustraire à un principe narratif essentiel : une histoire se doit de faire évoluer ses personnages. Yuru Camp est donc aussi l'histoire de Rin et de sa solitude. On comprend rapidement qu'un des attraits du camping pour Rin est de se retrouver seule avec la nature. D'abord réfractaire à ses camarades, elle laissera peu à peu tomber sa garde face à l'infatigable Nadeshiko pour se rendre compte qu'elle peut apprécier pour des raisons toutes autres le fait de camper avec elles. Et c'est justement parce que l'iyashi est le moment du soi, que cette réflexion est importante. Rin personnifie la recherche de ce délicat équilibre entre un besoin primitif d'interactions sociales et une envie tout aussi importante de retrouver du temps pour soi.

En un mot comme en cent, cette série est parfaite pour toutes celles et ceux qui veulent mettre sur pause, l'histoire d'un instant, l'inertie de leur vie moderne. Regarder Yuru Camp, c'est profiter d'un bref moment de candeur au milieu d'un monde étouffant. L'apprécier, c'est se laisser aller, se laisser enlacer par la simplicité évidente que nous offre   son manque de conflit. C'est s'abandonner au calme et divaguer en pensant à soi, aux autres, tout en regardant l'écran d'un œil distant.

Finalement Yuru Camp est la tasse de chocolat chaud qu'on tient tout contre soi en regardant dehors un jour d'hiver, un peu de chaleur et de courage pour aller affronter le froid.

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