Cure de jouvence compliquée pour Saint Seiya

Cure de jouvence compliquée pour Saint Seiya

S'il y a bien une série dont chaque nouvelle adaptation ou œuvre dérivée peut déchaîner les passions, c'est sans doute Saint Seiya.
Le manga de Masami Kurumada, démarré en 1986 et adapté pour la première fois en série animée par Toei Animation entre 1986 et 1989, s'offre en 2019 un retour sur le petit écran dans une adaptation en images de synthèse 3D (3DCG par la suite) co-produite par Netflix et Toei Animation.

Saint Seiya : Les Chevaliers du Zodiaque raconte l'histoire de Seiya, un jeune garçon souhaitant retrouver sa sœur dont il a été séparé pendant son enfance. Pour retrouver sa piste, il est contraint d'obtenir l'Armure de Pégase et de devenir un Chevalier, protecteur de la déesse Athena, réincarnée tous les 200 ans pour combattre les forces du mal.

Cette nouvelle série, composée de douze épisodes de vingt-trois minutes, reprend avec beaucoup de libertés le scénario original et couvre l'histoire jusqu'aux combats contre les Chevaliers d'Argent. Côté technique on trouve Yoshiharu Ashino (D.Gray-man Hallow) à la réalisation ou encore Terumi Nishii (Servant x Service, JoJo's Bizarre Adventure: Diamond is Unbreakable) au character design.
À l'heure actuelle seuls les six premiers épisodes sont disponibles et on peut regretter le choix de Netflix de ne pas rendre accessible le doublage japonais au public européen puisque pour la plupart des personnages, ce sont les doubleurs présents depuis l'arc Inferno des OAV du Chapitre Hadès qui y reprennent leurs rôles. Les doublages anglais et français sont, quant à eux, si ce n'est de piètre qualité, au moins discutables.

Ce n'est pas la première fois que Saint Seiya se risque dans la 3DCG. La Légende du Sanctuaire, film sorti au cinéma en 2014, avait à l'époque déjà manqué de faire l'unanimité de par son style graphique assez proche (quoique plus léché) de cette nouvelle mouture.
Si beaucoup déploreront que le style graphique manque d'âme ou a un aspect très plastique, il faut aussi garder à l'esprit que le public ciblé n'est ici pas les trentenaires nostalgiques cherchant à retrouver les séries de leur jeunesse mais leurs jeunes bambins.
En adoptant l'esthétique de séries jeunesse actuelles à succès comme Miraculous, Les Pyjamasques, Les Lapins Crétins ou encore la pléthore de séries animées Légo, cette version 2019 de Saint Seiya tente de conquérir une certaine partie du jeune public occidental. Une partie dont les codes graphiques ont déjà été partiellement formatés à la 3DCG.

D'un point de vue du rythme aussi, on change de catégorie. Exit les longues explications et les monologues sur le sens du combat pendant les duels ; ici il faut être efficace puisque l'on va boucler en six épisodes le contenu d'une quinzaine d'épisodes de la série originale. Malheureusement, pour que la trame globale reste compréhensible, du temps est grignoté un peu partout. Beaucoup d'affrontements sont, au mieux rapides, au pire expéditifs. Seules quelques minutes sont accordées aux histoires personnelles de Shiryū et Hyōga, empêchant ainsi les personnages d'être introduits correctement au spectateur comme si, ici, Seiya était finalement l'unique protagoniste important.
Faire disparaître dialogues et monologues interminables des combats entre chevaliers peut encore une fois paraître un bon moyen de conquérir la nouvelle génération. Le rythme effréné imposé par le format et par l'objectif à atteindre en douze épisodes, ainsi que l'absence de réels temps de respiration sont par contre légèrement rebutants, quel que soit le public.

Comme pour se rappeler à son passé de dessin animé, la série comporte également quelques courts passages de flashbacks composés de plans quasiment fixes dessinés à la main. Trop rares pour faire une quelconque différence, ces séquences pourtant plaisantes ne failliront pas d'exacerber l'avis du spectateur vis-à-vis du choix de la 3DCG lors du retour brutal à celle-ci.

Outre les nombreuses libertés scénaristiques, une autre différence importante avec la série originale ayant aussi fait couler beaucoup d'encre parmi les fans est la décision faire du personnage de Shun une femme.

Si la volonté d'intégrer un personnage féminin dans la liste des personnages principaux est plus qu'honorable, on ne peut s'empêcher de se poser des questions quant au choix du personnage de Shun pour remplir ce rôle. Déjà particulièrement androgyne dans l'œuvre originale, le Chevalier d'Andromède est le seul Chevalier de Bronze ne répondant pas au stéréotype du guerrier puissant et musculeux.
Sa présence, son apparence et sa personnalité sont là pour jurer avec le reste de l'équipe. On peut donc se demander si le fait de faire de Shun un personnage féminin n'est finalement pas contre-productif et ne renforce pas les stéréotypes d'opposition entre féminité et masculinité.

Un coup dans l'eau donc car, même si le personnage de Shun est au final un personnage fort, quitte à essayer de tordre un peu les clichés on aurait pu imaginer Ikki en grande sœur cherchant à protéger son jeune frère.

Tout compte fait, le coup de jeune qu'on essaie de forcer sur Saint Seiya est un peu manqué. Si l'esthétique sera de toute façon polarisante, le rythme trop expéditif fait perdre à la série beaucoup de sa substance.
Cette mouture 2019 a pour l'instant bien du mal à trouver sa place : faisant tout pour rebuter les anciens fans, pouvant convenir à un public plus jeune mais étrangement classée dans le catalogue Netflix aux côtés de séries clairement destinées à un public différent comme Castlevania ou Last Man. Une seconde saison est tout de même prévue, à condition que la première soit un succès.

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