Je veux me lier, mais…

Je veux me lier, mais…

Principalement connu en occident pour son travail sur Sailor Moon et sa série Revolutionary Girl Utena, Kunihiko Ikuhara revient en 2019 après plusieures années de silence avec une courte série de 11 épisodes : Sarazanmai.

Sarazanmai (littérallement, trois assiettes) suit la vie de trois collégiens, Kazuki, Enta et Toi, après qu'ils aient accidentellement détruit la statue à l'effigie d'un kappa, gardienne du quartier où ils vivent.
Cette destruction entraîne la libération de Keppi, prince du royaume kappa, qui ne tarde pas à transformer les trois garçons eux-mêmes en kappas et à les embarquer dans son combat contre les kappa-zombies.

Pour vaincre ces zombies, ils devront extraire leur shirikodama (littérallement, balle des fesses), un organe mytique situé dans l'anus des humains et contenant leur âme et leurs désirs. Une fois la balle récupérée, les trois garçons doivent se connecter mentalement et faire le son magique "sarazanmai" afin que Keppi puisse avaler le shirikodama.
Le kappa-zombie défait, les collégiens retrouvent leur apparence humaine et gagnent une "assiette d'espoir" qui pourra par la suite réaliser un de leurs souhaits.
Tout ce processus n'est pas sans conséquence : pendant le court instant où Kazuki, Enta et Toi sont connectés par le sarazanmai, les plus profonds secrets de l'un risquent de fuiter vers l'esprit celui des deux autres.

Kunihiko Ikuhara n'a bien sûr pas inventé loutres (responsables de l'apparition des zombies), shirikodamas ou kappas, mais il a sû puiser dans le folklore tous les éléments nécessaires pour donner de la substance à son thème : l'importance des liens sociaux entre les gens.

Car c'est là le point central de Sarazanmai. Chaque personnage est caractérisé par son envie de tisser des liens avec un autre, mais aussi par son incapacité à penser mériter lesdits liens.

Ainsi, Kazuki qui s'emprisonne dans la culpabilité de ses sentiments envers sa famille essaye par tous les moyens de se rapprocher de son jeune frère Haruka.
Enta qui a peur que ses sentiments pour Kazuki ne soient pas réciproques oscille aux yeux du spectateur entre sympathie et antipathie au fil des épisodes.
Enfin, Toi s'enferme petit à petit dans son envie d'être connecté à son grand frère Chikai en oubliant qu'il abandonne peu à peu ses connections avec le reste des personnages.

Chaque épisode (ou du moins une bonne partie), suit une structure bien précise.
Tel le chœur d'un théâtre grec, l'idol Sara Azuma présente le contexte de l'épisode dans son émission de télé "Asakusa Sara TV". Son annonce est suivie par la disparition d'un certain type d'objet dans la ville (des ballons de foot, des poissons ou encore des boîtes en carton), signe de l'activité d'un kappa-zombie.
Les trois garçons vont alors être transformés en kappas et devront combattre le zombie afin de retrouver leur forme humaine, chaque sarazanmai divulgant un peu plus leurs secrets.

L'activité des kappas-zombies consistant à amasser des objets spécifiques en grande quantité et leur opposition aux personnages principaux peut sans doute être vu comme une critique de la société matérialiste.
Ici, les liens sociaux qui sont à la fois la cause de l'apparition des zombies et la solution pour les faire disparaître. Et c'est bien le fait d'être forcés à divulguer certains de leurs secrets qui aidera les personnages principaux à surmonter leurs difficultés à se connecter aux autres.

Le message de Kunihiko Ikuhara semble donc optimiste et sa morale peut même paraître simpliste ou banale. L'essentiel réside dans les gens autour de nous et dans notre rapport à eux. Il ne faut pas laisser la peur nous empêcher de nouer contact avec les autres. L'amour, l'amitié, les désirs humains et sociaux ne s'achètent. Même s'ils sont plus compliqués à obtenir, ils sont aussi bien plus important que nos biens matériels.
Un rappel qui tombe à point nommé dans une société où le culte de l'objet et de l'apparence est omniprésent.

Au final, Sarazanmai est une série rythmée et agréable à regarder. Un traitement graphique soigné et une animation de qualité permettent presque d'oublier l'aspect redondant de certains passages.
En effet on regrettera que, même sur si peu d'épisodes, des scènes de chanson sont réutilisées bon nombre de fois. Les fans de comédies musicales, eux, seront aux anges à bien des occasions.

La série était diffusé entre Avril et Juin 2019 sur Fuji TV et est disponible en streaming sur Crunchyroll (NA) et Wakanim.
Le générique de fin, sans aucun doute l'un des meilleurs de la saison, est signé The Peggies.

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